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Budget 2026 de la Côte d'Ivoire: une "hausse mais non sécurisé" selon Ahoua Don Mello

Lundi 16 Février 2026

Le Dr Ahoua Don Mello décortique le budget 2026 ivoirien de 17 350 milliards FCFA. Son diagnostic pointe l'endettement, les privatisations et la pression fiscale.


Budget 2026 de la Côte d'Ivoire, les critiques de Don Mello © Crédit photo DR
Budget 2026 de la Côte d'Ivoire, les critiques de Don Mello © Crédit photo DR
Le budget 2026 de la Côte d'Ivoire adopté par le Parlement s'élève à 17 350,2 milliards de francs CFA, en hausse de 13% par rapport à 2025. Derrière ces chiffres, d'Ahoua Don Mello livre une analyse qui tranche avec l'optimisme officiel. Pour lui, ce budget repose sur un endettement croissant et abandonne le principe de sécurité budgétaire au profit d'une "croissance accélérée sous perfusion de la dette".

Les recettes budgétaires atteignent 8 728,4 milliards FCFA, soit 49,1% du budget total. Le reste provient des emprunts : 7 081,5 milliards FCFA mobilisés sur les marchés intérieur et extérieur. L'homme politique note que le financement domestique représente désormais 3 430,1 milliards contre seulement 720,9 milliards pour les emprunts externes. Cette orientation traduit une volonté de privilégier les ressources internes, mais au prix d'une dette qui atteint 31 406,9 milliards FCFA fin 2024.

Dette publique : un ratio sous surveillance

Le ratio dette sur PIB s'établit à 59,5% fin 2024, restant sous le seuil de 70% fixé par l'UEMOA. Pourtant, Ahoua Don Mello s'inquiète du service de la dette qui absorbe 1 765,2 milliards en intérêts et 4 916,2 milliards en amortissement pour 2026. Les charges salariales pèsent 2 853,5 milliards, soit 32,7% des recettes budgétaires.

"Les échéances de la dette et les charges salariales s'élèvent à 9 534,9 milliards de FCFA soit 109,2% des recettes budgétaires", souligne l'homme politique. Cette arithmétique révèle une vulnérabilité : en cas de crise, le pays ne pourrait payer simultanément sa dette et ses fonctionnaires sans l'appui des marchés financiers.

Le service de la dette extérieure rapporté aux exportations a dépassé 21% en 2025, dépassant le seuil de 15% et exposant le pays à une pénurie de devises. Pour 2026, ce ratio redescend à 12%, mais l'amélioration tient surtout à la mise en production du champ pétrolier Baleine qui devrait porter la production d'or noir de 50 à 60 tonnes annuelles.

Privatisations et désengagement de l'État

L'analyse pointe le retrait de l'État des secteurs stratégiques. Le CIDT et la SONITRA ont été privatisés. Dans l'eau, le téléphone, l'électricité et le pétrole, la participation publique oscille entre 3,25% et 22%. La société de raffinage SIR voit la part de l'État tomber sous 50% : 1,54% pour l'État contre 45,74% pour PETROCI.

"Ces exemples devraient être suffisants pour envisager l'inversion de la part de l'État dans tous les contrats de concession afin d'assurer la souveraineté de l'État dans l'économie réelle", plaide Ahoua Don Mello. Les recettes non fiscales restent marginales : 299,4 milliards sur 8 728,4 milliards, dont seulement 61,8 milliards de dividendes.

Pression fiscale sur les ménages et PME

L'absence de fonds souverain pour le cacao oblige l'État à puiser dans la fiscalité. L'annexe fiscale 2026 prévoit une hausse de 18% de taxe sur les intrants pour la fabrication d'engrais, d'emballages et d'aliments pour bétail. Conséquence directe : l'augmentation des produits vivriers et de la viande.

L'immobilier subit aussi la pression. Un terrain acheté 20 millions FCFA en 1980 et valant aujourd'hui 200 millions verra son impôt multiplié par dix, la taxation passant de la valeur vénale à la valeur marchande. Les propriétaires devront répercuter cette charge sur les locataires.

Pour les PME-PMI, le choix sera cornélien : répercuter ces coûts sur leurs prix de vente et perdre en compétitivité, réduire leur trésorerie, ou fermer. "Les pauvres et les PME-PMI seront les plus grandes victimes de l'annexe fiscale 2026", conclut l'homme politique.

Le taux de pauvreté, qui était de 50% en 2010 pour 22 millions d'habitants, s'établit à 37,5% en 2024 pour 32 millions d'habitants, soit 12 millions de pauvres en valeur absolue. Seuls 30% des diplômés trouvent un emploi moderne, conséquence selon l'analyste d'un "choix libéral encouragé par les bailleurs de fonds qui implique le désengagement de l'État du secteur productif".

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