Don Mello décrypte l'équation dette sénégalaise et le bras de fer Diomaye Faye - Ousmane Sonko


Mercredi 27 Mai 2026

L'économiste ivoirien Ahoua Don Mello analyse en quatre actes la crise de la dette sénégalaise et le bras de fer entre Diomaye Faye et Ousmane Sonko.



Don Mello décrypte l'équation dette sénégalaise et le bras de fer Diomaye Faye - Ousmane Sonko © Crédit photo DR
Depuis Moscou le mercredi 27 mai 2026, le Dr Ing Ahoua Don Mello, économiste et ancien ministre ivoirien, a publié une note d'analyse sur la crise politique et financière qui secoue le Sénégal. Au cœur du diagnostic : la rupture entre le président Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko, ancien Premier ministre désormais à la tête de l'Assemblée nationale, sur la question de la dette publique.

Le point de départ est budgétaire. Le projet de loi de finances 2026, élaboré sous l'ère Sonko, prévoit 7 433 milliards FCFA de dépenses hors service de la dette pour seulement 6 188 milliards de recettes, soit un déficit de 5,37 % du PIB. Le besoin de financement total est estimé à 6 075 milliards FCFA, couvert en grande partie par des emprunts à plus de 11 % sur le marché régional, faute d'accord avec le Fonds monétaire international (FMI) depuis deux ans.

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Les indicateurs de soutenabilité de la dette aggravent le tableau. Don Mello relève un stock de dette publique oscillant entre 119 % et 132 % du PIB selon le périmètre retenu — bien au-delà de la norme de 70 % fixée par l'Union monétaire ouest-africaine (UMOA). Le service de la dette pour 2026 est évalué à environ 5 500 milliards FCFA, dont 4 307 milliards pour le seul remboursement du capital. Les agences de notation S&P et Moody's ont dégradé le Sénégal en catégorie spéculative, avec perspective négative.

Trois scénarios pour un pays au bord du défaut

L'analyse de Don Mello identifie le nœud politique de la crise : Sonko refuse toute restructuration de la dette avec le FMI, qu'il assimile à une perte de souveraineté, et dispose désormais d'un levier législatif pour bloquer toute loi de finances rectificative allant dans ce sens. Le président Diomaye Faye, lui, juge cette position intenable face au risque d'asphyxie du Trésor dès l'été 2026.

Trois issues sont envisagées. Un défaut désordonné, comparable à celui du Liban en 2020, avec effondrement des réserves du franc CFA et fuite des capitaux. Une restructuration négociée avec le FMI, que Diomaye Faye privilégie mais que Sonko peut bloquer à l'Assemblée. Ou une solution de « gestion active » via des prêts bilatéraux auprès de pays membres des BRICS, option jugée transitoire et risquée à long terme.

Pour Don Mello, l'enjeu dépasse les frontières sénégalaises : une dégradation systémique des réserves du franc CFA affecterait l'ensemble de la zone francophone ouest-africaine, dont la Côte d'Ivoire.


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