Kinshasa veut faire du dialogue un front commun contre la guerre
Le gouvernement congolais fixe d’abord une priorité : défendre la souveraineté nationale. Le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, l’a rappelé lundi 17 août.
Selon lui, la future concertation doit permettre de « créer un front commun contre l’agression ». Kinshasa souhaite ainsi rassembler les forces politiques et sociales autour de la défense du territoire congolais.
Cette position comporte toutefois des lignes rouges. Le gouvernement refuse toute discussion susceptible de remettre en cause l’intégrité territoriale ou les intérêts stratégiques de la RDC.
Kinshasa exclut également que la rencontre serve de tribune à des personnalités considérées comme proches des forces hostiles au pays. Le pouvoir accuse notamment le Rwanda de soutenir l’AFC/M23.
Cette approche avait déjà été défendue par les autorités congolaises en juillet. Le dialogue était alors présenté comme un outil destiné à renforcer la cohésion nationale dans un contexte de conflit, et non comme une négociation sur les institutions issues des élections de 2023.
L’opposition réclame une concertation sans exclusion
La coalition C64 défend une vision différente. Elle souhaite que le dialogue s’attaque aux causes profondes de la crise congolaise et réunisse l’ensemble des protagonistes concernés.
Delly Sesanga évoque cinq dossiers majeurs : la sécurité, la gouvernance, les élections, la situation sociale et la Constitution. Pour l’opposition, ces questions restent liées et doivent être examinées dans un même cadre.
La question constitutionnelle constitue toutefois un point particulièrement sensible. La C64 refuse que le dialogue serve de moyen pour modifier la Constitution.
Le choix des participants alimente également les tensions. Martin Fayulu demande notamment la présence de Joseph Kabila et de Corneille Nangaa.
Pour le dirigeant de l’ECiDé, leur participation permettrait d’aborder directement les responsabilités liées à la crise actuelle. Le gouvernement, de son côté, ne semble pas vouloir associer à la concertation ceux qu’il soupçonne de soutenir ou de favoriser l’agression contre la RDC.
Le désaccord porte donc autant sur les participants que sur le contenu des discussions. Le pouvoir veut d’abord construire une unité nationale face à la menace extérieure. L’opposition souhaite, elle, utiliser cette rencontre pour remettre sur la table les questions politiques et institutionnelles.
Félix Tshisekedi doit encore préciser officiellement le format de la concertation. Lors d’une rencontre avec la diaspora congolaise à Libreville, au Gabon, le président avait annoncé une prochaine adresse à la nation consacrée au sujet.
Le chef de l’État a également promis un dialogue différent des précédents organisés en RDC. « Ce dialogue ne ressemblera en rien à tout ce qu’il y a eu comme dialogue dans notre pays », avait-il déclaré.
Pendant ce temps, la C64 maintient la pression. La coalition prévoit une marche nationale le 15 septembre pour s’opposer à tout changement de Constitution.
En définitive, le dialogue national congolais reste confronté à quatre obstacles majeurs : les participants, l’agenda, les objectifs et les limites de la discussion. Tant que le pouvoir et l’opposition ne trouveront pas de terrain d’entente sur ces points, la concertation risque de rester une initiative politique annoncée plutôt qu’un véritable mécanisme de sortie de crise.
L’enjeu dépasse donc l’organisation d’une simple rencontre. Il s’agit de déterminer si les acteurs congolais peuvent construire un cadre commun pour répondre à la guerre, aux difficultés de gouvernance et aux tensions institutionnelles qui fragilisent le pays.