Pour le chef du service Culture de Fraternité Matin, le véritable enjeu ne consiste pas à rejeter l’IA. Il s’agit plutôt de savoir jusqu’où les artistes accepteront de lui confier leur créativité.
De la course au succès à la standardisation musicale
La création musicale a profondément changé avec les nouveaux outils numériques. Quelques manipulations suffisent désormais pour produire un instrumental, retravailler une voix ou construire rapidement un morceau.
Cette facilité accompagne une autre évolution : celle d’une industrie dominée par la vitesse. Les artistes doivent publier régulièrement et capter rapidement l’attention du public. Dans cette course, les chansons peuvent parfois être pensées davantage pour les plateformes et leurs algorithmes que pour leur valeur artistique.
Serge Nguessant s’inquiète surtout d’un risque d’uniformisation. Après l’utilisation massive de l’Auto-Tune, l’intelligence artificielle ouvre de nouvelles possibilités de transformation de la voix et de fabrication musicale.
À terme, cette technologie pourrait favoriser des productions très abouties sur le plan technique, mais proches les unes des autres. La personnalité d’un interprète, son timbre, son style et son histoire pourraient alors perdre de leur importance.
Le problème ne serait donc pas seulement technologique. Il concernerait aussi le choix des créateurs et du public. Si la facilité devient la principale motivation, la musique risque de se réduire à un contenu rapidement consommable.
L’IA peut aussi servir la créativité des artistes
Pour autant, le journaliste ne présente pas l’intelligence artificielle comme l’ennemie de la musique. Utilisée avec discernement, elle peut au contraire devenir un véritable outil au service des artistes.
Elle peut notamment accompagner l’apprentissage, faciliter l’expérimentation ou contribuer à la restauration d’anciennes archives sonores. Elle peut également participer à la mise en valeur du patrimoine musical et permettre d’explorer de nouvelles formes de création.
Cette distinction est essentielle. Une technologie peut renforcer le travail d’un artiste sans remplacer ce qui donne à son œuvre sa dimension humaine.
Car la musique dépasse la seule qualité technique d’une production. Elle porte des émotions, des souvenirs, des expériences et une identité. Elle peut traduire la joie comme la douleur, raconter une époque ou porter la voix d’une communauté.
Le débat posé par Serge Nguessant revient ainsi à une question simple : quelle place voulons-nous accorder aux machines dans la création musicale ?
L’intelligence artificielle peut accélérer la production. Elle peut aussi élargir les possibilités artistiques. Mais elle ne devrait pas conduire les créateurs à abandonner leur exigence, leur personnalité et leur capacité à prendre des risques.

