Le colonel-major est décédé dimanche après une longue maladie. Son parcours, marqué par la rébellion et plusieurs années passées dans l’armée ivoirienne, reste associé à une période particulièrement mouvementée de l’histoire du pays.
Mamadou Traoré se souvient d’un homme attaché à ses compagnons
L’ancien directeur général de l’Institut national de formation sociale (INFS) évoque notamment un épisode datant de 2003. À cette époque, il affirme avoir sollicité Ibrahim Coulibaly, dit « IB », pour obtenir la libération d’un soldat détenu pour désertion.
Selon son récit, IB avait alors appelé directement Fofié Kouakou pour lui demander de libérer le militaire. Mamadou Traoré assure que l’ancien chef de zone avait immédiatement appliqué cette décision.
Deux ans plus tard, les deux hommes se seraient de nouveau rapprochés. En 2005, Mamadou Traoré explique avoir demandé à Fofié Kouakou de devenir le parrain de son investiture comme responsable du cabinet civil des Forces nouvelles de Boundiali.
Le colonel-major, empêché de participer personnellement à la cérémonie, aurait envoyé son adjoint pour le représenter. Mamadou Traoré garde de cet épisode le souvenir d'une période où plusieurs figures des Forces nouvelles partageaient les mêmes engagements.
De la zone de Korhogo à l'armée régulière ivoirienne
Fofié Kouakou Martin est né en 1968 à Bondoukou. Il rejoint les Forces armées nationales de Côte d’Ivoire à la fin des années 1980, avant de devenir l’un des acteurs militaires de la crise politique qui secoue le pays à partir de 1999.
Ancien caporal, il participe à la mutinerie qui précède le coup d’État de décembre 1999 contre Henri Konan Bédié. En septembre 2002, il prend part à la tentative de coup d’État qui débouche sur une rébellion armée et la division du territoire ivoirien.
Il rejoint ensuite le Mouvement patriotique de Côte d’Ivoire (MPCI), intégré par la suite aux Forces nouvelles dirigées par Guillaume Soro. Il prend alors le commandement de la zone de Korhogo, dans le nord du pays.
Durant plusieurs années, Fofié Kouakou s’impose comme l’une des principales figures militaires de cette zone. Il évolue notamment aux côtés de chefs comme Issiaka Ouattara, dit Wattao, Chérif Ousmane, Zakaria Koné et Morou Ouattara.
Son parcours reste toutefois controversé. Pendant la crise ivoirienne, il fait l’objet de sanctions internationales liées notamment à des accusations de violations des droits humains et de recrutement présumé d’enfants soldats.
Après la crise postélectorale de 2010-2011, Fofié Kouakou rejoint l’armée régulière. Il est ensuite promu colonel-major et exerce notamment comme commandant en seconde de la 2e région militaire de Daloa.
Pour Mamadou Traoré, sa disparition ne marque donc pas seulement la fin du parcours d’un ancien responsable militaire. Elle fait aussi ressurgir les souvenirs d’une génération d’acteurs qui ont profondément marqué la crise ivoirienne et l’histoire de plusieurs villes du pays.

