Pour lui, l’analyse ne peut pas se limiter au niveau du PIB par habitant. Il estime que l’histoire, les capacités stratégiques et les indicateurs sociaux doivent également entrer en ligne de compte.
Yacouba Doumbia conteste une comparaison jugée trop réductrice
Assalé Tiemoko avait rapporté les propos d’un professeur-chercheur de l’université de Nanchang. Selon cet enseignant, la Côte d’Ivoire aurait été plus avancée que la Chine dans plusieurs secteurs entre 1980 et 1990, notamment dans le fonctionnement administratif.
Cette affirmation avait conduit Assalé Tiemoko à s’interroger sur le recul de la Côte d’Ivoire depuis cette période. Yacouba Doumbia apporte une réponse différente. Il considère que les deux pays ne pouvaient pas être évalués sur les mêmes bases.
Le responsable des Éditions L’Avenir rappelle notamment le poids historique de la Chine. Il évoque ses avancées anciennes, la Route de la soie, ses explorateurs et son influence sur les relations internationales.
Il souligne aussi plusieurs étapes majeures de la puissance chinoise. La Chine disposait d’un siège permanent au Conseil de sécurité de l’ONU et avait déjà développé des capacités spatiales et nucléaires.
Pour Yacouba Doumbia, ces éléments rendent difficile une comparaison directeavec la Côte d’Ivoire des années 1970. Il cite également le rôle de Pékin dans le mouvement des non-alignés et l’importance de la tournée africaine de Zhou Enlai.
L’analyse porte aussi sur les indicateurs sociaux. Selon lui, le PIB par habitant ne suffit pas pour mesurer le niveau réel de développement d’un pays.
Il met ainsi en avant l’espérance de vie, l’alphabétisation, la mortalité infantile et le nombre d’ingénieurs. À ses yeux, plusieurs de ces indicateurs plaçaient déjà la Chine dans une situation plus favorable.
De l’histoire chinoise à la coopération avec la Côte d’Ivoire
Yacouba Doumbia rappelle également le contexte particulièrement difficile traversé par la Chine au XXe siècle. Le pays a connu l’invasion japonaise, une guerre civile jusqu’en 1949, puis les bouleversements liés au Grand Bond en avant et à la Révolution culturelle.
Cette trajectoire explique, selon lui, pourquoi le potentiel chinois ne s’exprimait pas encore pleinement au milieu du XXe siècle. La fermeture relative de l’économie constituait alors un autre frein à son développement.
Il cite dans ce contexte l’essai d’Alain Peyrefitte, Quand la Chine s’éveillera et le monde tremblera, publié en 1973. Pour lui, l’ouvrage illustre les interrogations déjà présentes à l’époque sur le potentiel futur de la Chine.
La comparaison ne doit toutefois pas empêcher de tirer des enseignements de l’expérience chinoise. Yacouba Doumbia insiste notamment sur le transfert de technologie dans les contrats conclus avec des partenaires étrangers.
Il plaide également pour une intégration africaine plus poussée. Selon lui, la Côte d’Ivoire ne peut pas rivaliser seule avec la Chine, mais l’Afrique peut renforcer sa position en avançant collectivement.
Il rappelle enfin l’ancienneté de la coopération entre Abidjan et Pékin. Les relations diplomatiques entre les deux pays ont notamment été accompagnées par une coopération agricole autour du riz, avec des dons de semences, de riz et une assistance technique.

