Le problème dépasse les situations individuelles. Il renvoie aussi aux réalités du marché de l’emploi ivoirien et à l’évolution rapide des compétences recherchées.
Diplômés, mais confrontés à des revenus qui restent limités
Boris Yao, 33 ans, connaît bien cette réalité. Titulaire d’un Master en gestion, il travaille comme assistant administratif dans une entreprise privée.
Chaque matin, il quitte Abobo très tôt pour rejoindre son lieu de travail. Son salaire de 180 000 FCFA est principalement consacré au logement, au transport et aux dépenses courantes.
« Quand le salaire tombe, je règle d’abord le loyer. Ensuite, il y a le transport, la nourriture, l’électricité. À la fin, il ne reste presque rien », explique-t-il à la rédaction Linfodrome.
Cette situation complique également les relations avec sa famille. Certains proches associent encore emploi à Abidjan et aisance financière.
À Yopougon, Awa Koné, 29 ans, fait face aux mêmes difficultés. Cette titulaire d’une Licence professionnelle travaille comme téléconseillère dans le secteur privé.
Après le paiement du loyer, des déplacements et de l’alimentation, son revenu laisse peu de marge pour épargner ou financer des projets personnels.
« Je pensais pouvoir aider mes parents, épargner et préparer certains projets personnels. Mais aujourd’hui, tout part dans les charges », raconte-t-elle.
Ces témoignages illustrent une réalité souvent résumée par une expression populaire à Abidjan : travailler principalement pour assurer les dépenses essentielles.
Le niveau d’études n’est pourtant pas sans importance. Mais il ne suffit pas, à lui seul, à déterminer la rémunération d’un salarié.
Le marché valorise surtout les compétences recherchées
Selon lui, le salaire dépend notamment du rapport entre les compétences disponibles et les besoins des entreprises. Lorsqu’un grand nombre de candidats possèdent le même profil, la rémunération peut rester limitée.
Les données du Guide des salaires 2024-2025 de Grey Search Africa montrent d’ailleurs d’importantes différences selon les métiers.
Pour les profils de moins de cinq ans d’expérience, le salaire moyen atteint environ 178 000 FCFA pour un opérateur de saisie. Il s’établit à 204 000 FCFA pour un hôte d’accueil ou standardiste.
Les métiers spécialisés affichent, eux, des niveaux plus élevés. Un acheteur industriel se situe autour de 488 000 FCFA en moyenne. Dans les systèmes d’information, le salaire moyen atteint 577 000 FCFA pour un Data Analyst, 753 000 FCFA pour un Data Engineer et 809 000 FCFA pour un Data Scientist.
Ces écarts montrent que le diplôme ne constitue qu’un élément du positionnement professionnel. Le métier exercé, les compétences détenues et les niveaux de rémunération du marché jouent également un rôle.
La situation s’inscrit dans un contexte plus large. En Côte d’Ivoire, le chômage au sens du Bureau international du travail reste relativement faible, mais l’emploi informel demeure largement majoritaire.
Cette réalité explique en partie pourquoi certains diplômés recherchent davantage de stabilité. Les concours administratifs attirent ainsi un nombre important de candidats face à un volume de postes beaucoup plus réduit.
En 2026, le concours d’entrée au CAFOP a enregistré 67 803 candidats pour environ 7 000 postes. À l’ENS, 24 185 candidats ont concouru pour 3 225 places. La session 2025 de l’INFAS avait, elle, attiré 146 827 candidats pour 10 000 places.
Pour ceux qui restent dans le secteur privé, une autre stratégie gagne du terrain : acquérir des compétences dans des domaines où la demande progresse.
L’intelligence artificielle figure parmi ces nouvelles pistes. Béhi Togba rapporte notamment le cas d’un stagiaire passé d’une rémunération d’environ 300 000 FCFA à un contrat à 1 million de FCFA net après quelques mois.
La formation continue devient donc un enjeu majeur. Régis Bamba, cofondateur de Djamo, estime que les formations classiques ne répondent pas toujours aux besoins liés aux nouvelles technologies.
Le numérique ouvre également de nouvelles perspectives. Pour Longa Andrea Mbuyamba, consultante en transformation digitale, aucun secteur ne peut désormais ignorer cette évolution.

